Le 20 novembre dernier, les responsables de la Fédération Tanzanienne de Football (TFF) ont infligé une amende de 500$ US aux deux principaux clubs du pays, Yanga, futur champion, et son grand rival Simba, pour avoir eu recours à plusieurs rituels de sorcellerie avant leur derby du 29 octobre. Les dirigeants des deux équipes se refusent à commenter les accusations selon lesquelles ils auraient utilisé la sorcellerie pour influencer l’issue du championnat national. Un porte-parole de la TFF a expliqué que le Comité des Compétitions de la TFF a voulu sanctionner un comportement déloyal et des pratiques inadmissibles.
Un journal local a publié des photos montrant des supporters de chacune des deux équipes en train de brûler des substances sur l’aire de jeu à la veille du match. Probablement pour se conformer à d’autres rituels, des joueurs se sont présentés sur le stade en empruntant l’entré du public et non le passage réservé aux équipes, ne voulant pas passer par une zone dont ils craignaient qu’elle ne soit « polluée » par des grigris. Le match du 29 octobre était capital pour ces deux équipes : Simba tenait absolument à l’emporter pour rester dans la course et garder une chance de conserver son titre, tandis qu’une victoire de Yanga lui assurait le titre. La partie s’étant achevée sur un score vierge (0-0), Yanga est pratiquement champion.
Ce n’est pas la première fois que ces deux équipes sont sanctionnées pour les mêmes raisons. En 2003 elles avaient reçu des amendes pour s’être livrées à des divers rituels sur les stades. En 2004 on vit des joueurs de Simba répandre une poudre étrange et casser des œufs sur le terrain avant le match, et deux joueurs de Yanga essayer de contre-attaquer en pissant sur le terrain. Plusieurs joueurs étaient alors entrés sur le terrain en marchant à reculons. Il faut croire que les pouvoirs mystiques des deux clubs s’étaient neutralisés, puisque le match s’était terminé sur le score de 2-2, et ils avaient été punis d’amende. « Ce sont les deux plus grands clubs du pays, et leur inébranlable croyance dans la sorcellerie peut constituer un mauvais exemple pour les équipes à venir. », déclara à l’époque Mwina KADUGUDA, alors secrétaire général du Comité intérimaire de la Football Association of Tanzania (FAT). Il annonçait qu’après l’amende de 500$ US infligée aux deux clubs la FAT allait entreprendre une campagne d’éducation auprès de tous les clubs de la ligue pour leur faire comprendre que les grigris n’ont pas leur place dans le football. Paul John MASANJA, capitaine de Yanga déclarait alors avoir reçu comme instruction, mais sans préciser de qui, de ne pas serrer la main de son homologue de Simba, Seleman MATOLA.
De telles bouffonneries sont fréquentes dans le football tanzanien, et les sorciers sont grassement payés pour leurs prestations. Ces habitudes gênent certains joueurs professionnels étrangers, à l’instar du Somalien ABSHIR ADEN de Simba qui s’est quelques fois vu interdire l’entrée du vestiaire, parce que des sorciers étaient à ces moments-là en train de s’y livrer à des rituels. Malgré quelques tentatives pour mettre fin à de telles pratiques, certains responsables de clubs affirment être sous la pression de supporters influents qui leur imposent d’accepter les services de sorciers. Ceux qui refusent de s’y plier risquent de perdre leur poste. Karim DEWJI, secrétaire général de Simba jusqu’en juin 2004 avait démissionné après avoir essayé, sans succès, de résister à cette pression. Il rappelle avec fierté un bilan élogieux, qu’il a obtenu sans avoir recours à la sorcellerie. « J’ai gagné huit trophées, parce que j’ai foi dans les entraîneurs. J’ai utilisé beaucoup d’argent pour acheter de bons joueurs pour l’équipe, et c’est pour cela qu’elle tournait bien, mais il y avait une clique de gens qui me combattaient, parce que je ne croyais pas en leur sorcellerie. » Il a dénoncé le fait que certains responsables encouragent l’idée selon laquelle les victoires sont le résultat de faits de sorcellerie, surtout que cela leur permet de se faire de l’argent, parfois jusqu’à 5 000$ US pour les grands matchs.
En septembre 2004, Mwina KADUGUDA, ancien secrétaire général de la TFF avait provoqué une controverse en affirmant que la pratique de sorcellerie ne se limite pas aux seuls clubs. Et d’ajouter que la TFF avait préféré faire venir un sorcier à Nairobi pour s’occuper de l’équipe nationale qui allait jouer contre le Kenya un match qualificatif pour la Coupe du Monde, en utilisant pour cela l’argent destiné à payer les primes des joueurs. Résultat des courses : les Taifa Stars (équipe nationale tanzanienne) défaits 3-0. Il se disait convaincu que cette triste performance résultait avant tout du mécontentement de joueurs qui n’avaient pas perçu leurs primes. Le coach d’alors Charles MKWASA avait déclaré que la sorcellerie ne sert à rien, et qu’au contraire elle gêne le bon jeu en donnant aux joueurs une fausse impression de sécurité ; ceux-ci devraient se concentrer sur l’entraînement, plutôt que de compter sur les grigris pour faire des résultats. Le secrétaire général-adjoint de la TFF, Charles MASANJA, a fait savoir que désormais la fédération n’acceptera plus que les prestations de sorciers bénévoles. « Si un sorcier vient proposer ses services, nous lui dirons simplement de le faire pour l’amour de l’équipe nationale, c’est aussi ton équipe, et personne ne te paiera pour ça. », a-t-il, non sans un certain humour.
(Source : BBC Sports)
27/11/2006 |